{"id":4973,"date":"2020-12-16T14:09:05","date_gmt":"2020-12-16T19:09:05","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4973"},"modified":"2020-12-18T14:21:32","modified_gmt":"2020-12-18T19:21:32","slug":"raoul-guillaume-sest-eteint-haiti-a-perdu-un-tresor-par-louis-carl-saint-jean","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4973","title":{"rendered":"RAOUL GUILLAUME S\u2019EST ETEINT, \u00ab Ha\u00efti a perdu un tr\u00e9sor \u00bb par Louis Carl Saint-Jean"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>RAOUL GUILLAUME S\u2019EST ETEINT, \u00ab Ha\u00efti a perdu un tr\u00e9sor \u00bb<\/strong> <em>par Louis Carl Saint-Jean<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">La musique populaire ha\u00eftienne a connu ses lettres de noblesse indiscutablement \u00e0 l\u2019av\u00e8nement au pouvoir, en ao\u00fbt 1946, de l\u2019Honorable Dumarsais Estim\u00e9. En effet, \u00e0 partir de cette date, et jusqu\u2019\u00e0 la chute, en d\u00e9cembre 1956, du g\u00e9n\u00e9ral Paul-Eug\u00e8ne Magloire, le firmament artistique de notre pays a vu scintiller toute une constellation de musiciens. R\u00e9unis dans un c\u00e9nacle qui sera baptis\u00e9 plus tard \u00ab La Belle Epoque \u00bb, la majorit\u00e9 d\u2019entre eux, enti\u00e8rement acquis \u00e0 la notion du sublime, allaient se montrer en faveur d\u2019un art ha\u00eftien authentique, donc contre le \u00ab bovarysme culturel \u00bb. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs l\u2019appel qu\u2019avait lanc\u00e9 le Dr Jean Price Mars dans son \u0153uvre magistrale Ainsi parla l\u2019Oncle, publi\u00e9e en 1928.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Nos musiciens, comme ce fut le cas pour nos po\u00e8tes, nos peintres, nos sculpteurs, nos danseurs, nos dramaturges et d\u2019autres de nos artistes, allaient qu\u00eater au tr\u00e9fonds de leur \u00eatre le suc de notre terre pour nous amuser et sa s\u00e8ve nourrici\u00e8re pour assurer la sauvegarde et la survie de cette nation, menac\u00e9e d\u00e8s sa fondation par toutes sortes de vieux d\u00e9mons. Les Antalcidas Murat, Guy Durosier, Rodolphe \u00ab D\u00f2d\u00f2f \u00bb Legros, Michel Desgrottes, Hulric PierreLouis, F\u00e9lix \u00ab F\u00e9f\u00e9 \u00bb Guignard, Edner Guignard, Ernest \u00ab Nono \u00bb Lamy, Destinoble Barrateau, Murat Pierre et d\u2019autres musiciens allaient nous offrir une musique ang\u00e9lique con\u00e7ue on dirait au fond d\u2019un r\u00eave d\u00e9licieux. Ils furent les uns plus brillants que les autres. Cependant, l\u2019un d\u2019eux poss\u00e9dait un je ne sais quoi qui le distinguait sensiblement de ses pairs. Il s\u2019agissait bel et bien de Pierre Joseph Raoul Guillaume, que nous appelions tous Raoul Guillaume ou famili\u00e8rement Raoul.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Raoul Guillaume personnifiait le r\u00eave et la promesse d\u2019Ha\u00efti. Il avait fait corps avec le pays. Tout comme le Polonais ne se con\u00e7oit pas sans Chopin, l\u2019Allemand sans Goethe, le Martiniquais sans Aim\u00e9 C\u00e9saire, le Jama\u00efcain sans Bob Marley, le Fran\u00e7ais sans Charles Aznavour, le Br\u00e9silien sans Pel\u00e9 et l\u2019Argentin sans Diego Maradona, franchement, je ne peux imaginer notre pays sans Raoul Guillaume. Et pourtant, le dimanche 29 novembre dernier, l\u2019Eternel, l\u2019architecte de la vie, a mis notre pays dans une stupeur bl\u00eame. \u00c0 midi trente, en ce jour, il nous a frapp\u00e9s d\u2019un grand deuil, en nous sevrant du g\u00e9nie de Raoul Guillaume.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Franchement, son h\u00e9ritage musical, sa valeur intellectuelle et son immense contribution \u00e0 l\u2019avancement de notre soci\u00e9t\u00e9 ont fait de Raoul Guillaume un \u00eatre hors du commun. Il fait partie des humains qu\u2019on aurait aim\u00e9 avoir toujours parmi soi. \u00c0 un moment o\u00f9, chez nous, l\u2019horizon se rembrunit chaque jour davantage et o\u00f9 une vague de crainte se r\u00e9pand dans presque tous les esprits, perdre ce bel \u00e9talon prend, selon moi, l\u2019aspect d\u2019un autre drame national. Il repr\u00e9sentait ce qu\u2019il y a de plus beau, de plus noble et de plus magnanime qu\u2019Ha\u00efti e\u00fbt pu offrir \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance, ou m\u00eame \u00e0 l\u2019espoir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Pour ma part, je garde le plus beau souvenir de Raoul Guillaume. D\u2019ailleurs, il est le premier musicien ha\u00eftien dont j\u2019ai connu le nom et aim\u00e9 la musique. Je devais avoir cinq ou six ans quand je l\u2019ai vu pour la premi\u00e8re fois. C\u2019\u00e9tait un vendredi, peu apr\u00e8s midi. Il sortait du magasin de L\u00e9on Bordes, au Portail Saint Joseph, tandis que ma grand-m\u00e8re, qui s\u2019y rendait \u00e0 chaque fois que ses courses la conduisaient au \u00ab Bord-de-Mer \u00bb, y entrait avec moi, qui revenais de l\u2019\u00e9cole. Ayant connu mon a\u00efeule depuis qu\u2019il \u00e9tait gosse au Morne-\u00e0-Tuf, il la salua avec joie. D\u2019un regard, celle-ci me demanda d\u2019\u00f4ter mon chapeau \u00ab cow-boy \u00bb pour faire le m\u00eame geste. Tandis que cet homme de belle et droite taille me tendait la main, elle m\u2019apprit avec un air de satisfaction: \u00ab C\u2019est lui, Raoul Guillaume, le compositeur de Joseph, morceau que tu ne cesses d\u2019\u00e9couter. \u00bb C\u2019est comme si j\u2019avais rencontr\u00e9 un dieu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019homme \u00e9tait tout simplement merveilleux. Dieu l\u2019avait b\u00e9ni d\u2019un caract\u00e8re bien tremp\u00e9, qui lui a valu le respect et l\u2019admiration tant de ceux qui ont crois\u00e9 son chemin que de ceux qui l\u2019ont simplement admir\u00e9 de loin. Paul Choisil, musicien de bon go\u00fbt, s\u2019est ainsi lament\u00e9 : \u00ab Quelle perte ! Quelle tristesse ! Nous venons de perdre un tr\u00e9sor national, un Ha\u00eftien digne de notre respect et de notre gratitude. Il a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9f\u00e9rence pour l\u2019histoire et la repr\u00e9sentation de notre musique. \u00bb Pour Presler Julien, fils de l\u2019ancien contrebassiste Dieudonn\u00e9 Julien : \u00ab Le d\u00e9part de Raoul Guillaume allonge la liste des pertes irr\u00e9parables enregistr\u00e9es dans la culture ha\u00eftienne. Nos l\u00e9gendes s\u2019en vont et il n\u2019y a personne pour les remplacer. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, Georges Cl\u00e9menceau d\u00e9clarait : \u00ab <em>Une vie est une \u0153uvre d\u2019art. Il n\u2019y a pas de plus beau po\u00e8me que de vivre pleinement&#8230;<\/em> \u00bb On dirait que le grand homme d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais avait fait cette d\u00e9claration juste ment pour d\u00e9finir Raoul Guillaume, ce \u00ab <em>tr\u00e9sor national<\/em> \u00bb comme l\u2019a si bien appel\u00e9 son \u00e9mule, le brillant saxophoniste Paul Choisil. Pour mieux comprendre l\u2019\u0153uvre artistique et la contribution immense de cet homme g\u00e9nial \u00e0 l\u2019avancement de notre soci\u00e9t\u00e9, je pense n\u00e9cessaire de jeter un petit coup d\u2019\u0153il sur son arbre g\u00e9n\u00e9alogique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Raoul Guillaume a des liens directs avec les Simon-Sam, originaires de la Grande-Rivi\u00e8re-du Nord, l\u2019une des familles de l\u2019aristocratie du Nord. Augustin Simon-Sam (1794 \u2013 1886), le premier relat\u00e9 par nos historiens, \u00e9tait l\u2019un des hommes les plus riches de son temps. Il avait engendr\u00e9 une cinquantaine d\u2019enfants naturels et l\u00e9gitimes. Influent, parmi d\u2019autres postes, il \u00e9tait \u00ab sous-lieutenant en 1818\u2026, commissaire charg\u00e9 de la comptabilit\u00e9 de la maison militaire du roi Henry Ier\u00bb. (R\u00e9f\u00e9rence : Dictionnaire bio graphique des personnalit\u00e9s politiques de la R\u00e9publique d\u2019Ha\u00efti, par Daniel Supplice). Plus tard, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 au rang de duc de l\u2019Acul-du-Nord. Rappelons que l\u2019un de ses fils, Augustin Tir\u00e9sias Simon Sam, pr\u00e9sidera aux destin\u00e9es de notre nation du 31 mars 1896 au 12 mai 1902.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019un des fr\u00e8res d\u2019Augustin Simon Sam s\u2019appelait Guillaume Simon-Sam. Ce dernier avait \u00e9galement une abondante prog\u00e9niture. Pour une raison qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, il avait donn\u00e9 le patronyme de Simon-Sam \u00e0 certains de ses enfants et celui de Guillaume, son pr\u00e9nom, \u00e0 d\u2019autres. Parmi ces derniers, nous en signalerons deux : Villbon Guillaume et Grand-Jean Guillaume. Le premier, mort \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans, a laiss\u00e9 plusieurs orphelins : Jean Simon Guillaume, le vrai nom du pr\u00e9sident Vilbrun Guillaume Sam, Arianne Guillaume Sam, Etienne Guillaume Sam, <em>etc.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Le second, Grand-Jean Guillaume, \u00e9tait un intellectuel de belle eau. Vers la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but de la prochaine d\u00e9cennie, il \u00e9tait l\u2019un des principaux parlementaires ha\u00eftiens, avec Brutus Saint Victor (grand-p\u00e8re de mon ancien professeur de math\u00e9matiques Edner Saint Victor). Excellent clarinettiste et po\u00e8te \u00e0 ses heures perdues, Grand-Jean Guillaume avait fait une bonne partie de ses \u00e9tudes classiques en France. \u00c0 son retour en Ha\u00efti, il s\u2019installa d\u2019abord \u00e0 la Grande-Rivi\u00e8re du Nord et fonda un orchestre philharmonique avec Louis Firmin Blot.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Bient\u00f4t, il se fixe \u00e0 la rue des Miracles, \u00e0 Port-au-Prince (en face des Saint Victor) et \u00e9pouse Arian ne Guillaume Sam, sa cousine germaine. S\u2019installant plus tard au 40, rue Lamarre, ils ont eu plusieurs enfants. Les deux connus furent l\u2019a\u00een\u00e9 L.J. S. Fernand Guillaume et le benjamin Siey\u00e8s Guillaume. Il est bien de noter que selon certains, ce dernier serait le neveu du parlementaire qui l\u2019avait adopt\u00e9 comme son fils \u00e0 la mort de son jeune fr\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">En ao\u00fbt 1902, L.J. S. Fernand Guillaume s\u2019\u00e9teint quelques jours avant ses 18 ans. Peu apr\u00e8s, Siey\u00e8s Guillaume est envoy\u00e9 en France, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Paris. Il ach\u00e8vera ses \u00e9tudes secondaires au Lyc\u00e9e Hoche, \u00e0 Versailles. Il les avait commenc\u00e9es au Petit S\u00e9minaire Coll\u00e8ge Saint Martial. En 1911, apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, il regagnera Ha\u00efti.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Entre 1920 et 1924, Siey\u00e8s Guillaume \u00e9pousera Francesca Hermantin, Gona\u00efvienne dont la famille a des origines martiniquaises. Ce couple avait sept enfants : Solange, Raoul, Roland, Yvon, Serge, Marthe et Raymond. Virtuose de la mandoline et de la trompette, Siey\u00e8s Guillaume, avec les Emile Chancy, Geffard Cesvet, Fran\u00e7ois Alexis Guignard, Ars\u00e8ne Desgrottes, F\u00e9lix \u00abF\u00e9f\u00e9 \u00bb Clermont, Fabre Duroseau, Arthur Duroseau et quelques autres jeunes de la capitale, fera partie des pionniers de fondateurs d\u2019ensembles de danse \u00abmodernes \u00bb qui allaient remplacer les groupements form\u00e9s des musiciens de nos diff\u00e9rentes fanfares militaires.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Francesca Hermantin, dame pleine de distinction que j\u2019ai bien connue dans mon enfance, \u00e9tait la s\u0153ur d\u2019Elodie Hermantin, femme du pianiste Joseph Dor. Ils furent les p\u00e8re et m\u00e8re, parmi d\u2019autres enfants, de Ferdinand et de Ren\u00e9 Dor, les fondateurs, avec Pierre Rich\u00e9, du Trio des Jeunes. Rappelons, surtout au b\u00e9n\u00e9fice des plus jeunes, que c\u2019est ce groupement qui allait s\u2019agrandir pour devenir, en 1943, le Jazz des Jeunes. Andr\u00e9 Hermantin, le cousin de la m\u00e8re des jeunes Guillaume et Dor, fut le premier trompettiste de ce mythique orchestre et un compositeur de meringue carnavalesque de premier ordre. L\u2019on se souviendra qu\u2019Andr\u00e9 Hermantin a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 en janvier 1961 par les sbires du r\u00e9gime d\u2019alors.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est justement du second fils du couple Siey\u00e8s Guillaume et Francesca Hermantin Guillaume que nous allons parler &#8211; Pierre Joseph Raoul Guillaume. C\u2019est \u00e0 Port-au-Prince, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la rue de l\u2019Enterrement, non loin de la rue Joseph Janvier, le 7 d\u00e9cembre 1927, que celui-ci est venu au monde. Raoul a grandi dans un foyer o\u00f9 les lettres et la musique ont occup\u00e9 la premi\u00e8re place apr\u00e8s les pr\u00e9ceptes religieux, civiques et moraux. Il a fait ses \u00e9tudes primaires et secondaires \u00e0 l\u2019Institution Saint Louis de Gonzague. L\u00e0, il \u00e9tudiera la musique sous la direction du Fr\u00e8re Marie L\u00e9on, le religieux avignonnais qui, deux d\u00e9cennies plus t\u00f4t, avait enseign\u00e9 ce m\u00eame art \u00e0 son p\u00e8re \u00e0 Paris.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Paradoxalement, la musique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le premier art \u00e0 avoir conquis le c\u0153ur de l\u2019adolescent. D\u2019abord, \u00e0 ce sujet, au cours des 317 minutes d\u2019entretien qu\u2019il m\u2019a accord\u00e9es entre le 18 octobre 2004 et le 31 mai 2009, il m\u2019a dit plus d\u2019une fois: \u00ab J\u2019accompagnais souvent mon p\u00e8re dans les r\u00e9 p\u00e9titions du groupe Les Jacobins et plus tard dans certains bals du Jazz Scott \u00e0 Savoy, \u00e0 Trocadeo et ailleurs. Parfois, il m\u2019arrivait m\u00eame de tomber de sommeil pendant que jouait l\u2019ensemble. J\u2019avais alors sept ou huit ans. Cependant, depuis cette \u00e9poque, c\u2019est la po\u00e9sie qui me taquinait \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019adolescence, l\u2019intellectuel en herbe est un familier des cercles litt\u00e9raires, artistiques et mondains de la capitale. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix ans, il participe \u00e0 presque toutes les manifestations culturelles offertes par la Mission Patriotique des Jeunes. Le plus souvent, celles-ci \u00e9taient organis\u00e9es \u00e0 l\u2019Ecole Saint Vincent de Paul, fond\u00e9e et dirig\u00e9e par ma\u00eetre Horatius Laventure, \u00e0 la rue de l\u2019Enterrement, \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres de la maison qui a vu na\u00eetre Raoul Guillaume. Excellent diseur, il s\u2019attire l\u2019estime des grands \u00e9ducateurs et intellectuels tels que L.C. Lh\u00e9risson, Horatius Laventure, Andr\u00e9 Momplaisir, Pra del Pompilus, Vianney Denerville, etc. Il y cotoie des po\u00e8tes et des lettr\u00e9s tels que Jean Brierre, Clovis D\u00e9sinor, Pierre \u00ab Roro \u00bb Ma yard, Roussan Camille, F\u00e9lix Morisseau-Leroy, qui l\u2019ont toujours admir\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Bient\u00f4t, son talent de diseur \u00e9gaiera plusieurs salons et les manifestations culturelles organis\u00e9es par certaines \u00e9coles de la capitale. En effet, c\u2019est en mars 1938, \u00e0 l\u2019occasion du 80\u00e8 anniversaire de naissance du brillant lettr\u00e9 Joseph Cadet J\u00e9r\u00e9mie, que Raoul Guillaume s\u2019est manifest\u00e9 pour la premi\u00e8re fois devant un grand public. Il r\u00e9cite, sur la demande de Me. Laventure, quelques strophes d\u2019\u00c0 la m\u00e9moire de Toussaint Louverture du po\u00e8te Charles Moravia. L\u2019\u00e9v\u00e9nement a eu lieu \u00e0 l\u2019Ecole Saint Vincent de Paul.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Un peu plus tard, avec Emerante de Pradines, Martha Jean-Claude et d\u2019autres diseurs, on l\u2019entendra souvent sur les ondes de la HH2S ou de la HH3W dans le cadre des programmes culturels organis\u00e9s par la Soci\u00e9t\u00e9 des lettres et des arts d\u2019Ha\u00efti. Ils ne furent pas des diseurs de bonne aventure. Raoul d\u00e9clamera des vers d\u2019Etzer Vilaire, de Georges Sylvain, de Justin Godefroy, de Damocl\u00e8s Vieux, etc. Il m\u2019a dit une fois: \u00ab Inspir\u00e9 par ces grands po\u00e8tes, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de treize ou quatorze ans, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire mes premiers vers. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Raoul Guillaume allait s\u2019orienter ensuite vers le monologue, genre th\u00e9\u00e2tral dont, au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, le po\u00e8te Massillon Coicou \u00e9tait le ma\u00eetre incontest\u00e9. Quelques ann\u00e9es plus tard, Cl\u00e9ment Coicou, dit Papa Youtt, et Th\u00e9ophile \u00ab Zo \u00bb Salnave deviendront des idoles pour la jeunesse port-au-princienne. Ils inspirent Raoul qui, une fois de plus, comme Emerante de Pradines, sera souvent l\u2019invit\u00e9 de l\u2019\u00e9mission L\u2019Heure de l\u2019Art Ha\u00eftien de Cl\u00e9ment Beno\u00eet.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Toutefois, le d\u00e9mon de la musique le chatouille fort. Il ne peut s\u2019y \u00e9chapper, car cet art occupait une place sp\u00e9ciale chez les Guillaume qui, au milieu des ann\u00e9es 1930, allaient d\u00e9m\u00e9nager au 240 de la rue du Centre. Plusieurs facteurs allaient contribuer pour de bon \u00e0 l\u2019engouement du jeune Raoul pour la musique. D\u2019abord, presque tous les jours, se croisent chez lui les musiciens de toutes tendances. Les Jules H\u00e9raux, Lync\u00e9e Duroseau, Augustin Bruno, Luc Jean-Baptiste et d\u2019autres t\u00e9nors de la musique savante ha\u00eftienne et les Annulysse Cadet, Antoine Hilaire, Antoine Radule, Joseph \u00ab Kayou \u00bb Franck et d\u2019autres as de la musique populaire se disputent pour partager le temps de P\u00e8re Guillaume, chef de bureau au D\u00e9partement de l\u2019Agriculture.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Un deuxi\u00e8me facteur de taille al lait inspirer durablement le jeune Raoul Guillaume. Entre 1936 et 1937 (il a neuf ou dix ans), l\u2019immortel et g\u00e9nial compositeur Augustin Bruno vient habiter pr\u00e8s de chez lui, \u00e0 la rue du Centre. Celui-ci, tant pour ses bonnes mani\u00e8res que sa virtuosit\u00e9 musicale, devient l\u2019idole de tous les gens du quartier : enfants, adolescents, adultes et, surtout, les aspirants musiciens. Le maestro d\u00e9funt m\u2019a toujours racont\u00e9: \u00abMes cousins Ferdinand et Ren\u00e9 Dor et moi passions des heures sur la galerie d\u2019Augustin Bruno pour l\u2019entendre pratiquer sa clarinette. C\u2019\u00e9tait un homme de bien. Il nous donnait gratuitement des le\u00e7ons de musique. En fait, il fut le premier musicien ha\u00eftien qui m\u2019a vraiment impressionn\u00e9 et \u00e9norm\u00e9ment influenc\u00e9. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019heure pour Raoul de s\u2019initier de mani\u00e8re formelle \u00e0 la musique est enfin venue. Il est en neuvi\u00e8me. On le voit d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e scolaire 1937- 1938, \u00e0 la \u00ab La Petite Musique \u00bb, la classe d\u2019initiation \u00e0 la musique \u00e0 l\u2019Institution Saint Louis de Gonzague. Sous la direction du Fr\u00e8re Marie L\u00e9on, il apprend la lecture musicale, le solf\u00e8ge et l\u2019harmonie. L\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s, il s\u2019essaie d\u2019abord \u00e0 l\u2019alto, puis se tourne vers le saxophone alto, dont il fera son instrument de pr\u00e9dilection. En 1940, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 admis \u00e0 \u00ab La Grande Musique \u00bb, la salle o\u00f9 se tenait la r\u00e9p\u00e9tition de la fanfare de cette \u00e9cole o\u00f9 il a fait ses \u00e9tudes primaires et secondaires.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Raoul Guillaume \u00e9tait un homme admirable, partisan d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 juste. En d\u00e9pit de sa position sociale favoris\u00e9e, il a toujours \u00e9t\u00e9 proche du peuple d\u00e9favoris\u00e9, marginalis\u00e9 et ostracis\u00e9 depuis le parricide perp\u00e9tr\u00e9 le 17 octobre 1806 au Pont-Rouge. Il peut r\u00e9p\u00e9ter avec fiert\u00e9 cet aveu sinc\u00e8re de l\u2019immortel po\u00e8te martiniquais Aim\u00e9 C\u00e9saire : \u00ab <em>J\u2019ai baign\u00e9 dans le sort peuple. J\u2019ai passionn\u00e9ment aim\u00e9 le peuple. Je l\u2019ai aim\u00e9 physiquement. Je l\u2019ai aim\u00e9 dans ses po\u00e8mes. Je l\u2019ai aim\u00e9 dans son folklore, et dans ses mots aussi<\/em>\u00bb Comme les Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis, Yvonne Hakim (future Rimpel), Ren\u00e9 Depestre, Anthony Phelps, Carl Brouard, Magloire Saint Aude, Lina Mathon (future Fussman, puis Blanchet), G\u00e9rald Bloncourt et d\u2019autres jeunes ais\u00e9s de notre soci\u00e9t\u00e9, de tr\u00e8s t\u00f4t, Raoul Guillaume a cherch\u00e9 \u00e0 communier avec ses fr\u00e8res. Futur travailleur de l\u2019esprit, il a donc cru en ce cri de Mao : \u00ab <em>Seul le peuple est artiste<\/em>!\u00bb et en celui de l\u2019ancien pr\u00e9sident Leslie Fran\u00e7ois Manigat : \u00ab <em>Le peuple est le vrai d\u00e9tenteur de la culture ha\u00eftienne<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Et comme, tr\u00e8s jeune, Raoul Guillaume a charnellement aim\u00e9 cette merveilleuse culture ha\u00eftienne! Bient\u00f4t, il sent que l\u2019instruction qu\u2019il re\u00e7oit du Fr\u00e8re L\u00e9on, bien que solide, n\u00e9cessaire et utile, est incompl\u00e8te. Il en manquait, selon lui, ce qu\u2019il y a de plus essentiel : la connaissance de la culture populaire de son pays. Il commence alors \u00e0 se rebeller contre un syst\u00e8me qui aurait fait de lui ce que, plus tard, Frantz Fanon appellera \u00ab <em>peau noire, masques blancs<\/em> \u00bb. Bien que sensible \u00e0 la musique de Bach, de Beethoven, de Mozart et des autres g\u00e9ants de la musique occidentale et \u00e0 la po\u00e9sie de Lamartine, de Vigny et de Victor Hugo, son \u00e2me ha\u00eftienne r\u00e9clamait vivement la musique faite par les Annulysse Cadet, Alb\u00e9ric Samedi, Hubert Fran\u00e7ois et saluait le g\u00e9nie po\u00e9tique des artistes \u00ab <em>intouchables<\/em> \u00bb dont l\u2019histoire n\u2019a su retenir les noms.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 15 ou 16 ans, en pleine campagne anti-superstitieuse, comme presque tous ses jeunes camarades du Morne-\u00e0-Tuf \u2013 les Baron, les Malette, les Proph\u00e8te, les Bartoli, les Sabala, les Eri\u00e9, les Bouchereau, etc. \u2015, Raoul Guillaume refuse de rejeter notre folklore. Alors, il commence \u00e0 fr\u00e9quenter les \u00ab <em>bals criminels<\/em> \u00bb organis\u00e9s chez Miracule Joseph au Portail Saint Joseph ou chez Hermann Petit-Homme \u00e0 Lakou Br\u00e9a et \u00e0 d\u2019autres endroits de nos quartiers populaires. L\u00e0, au son de \u00ab <em>jazz endiabl\u00e9s<\/em> \u00bb et des tambours indescriptibles de Raymond \u00ab Ti Roro \u00bb Baillergeau, de Labb\u00e9, de Pipirit et d\u2019autres artistes anonymes, il danse \u00e0 c\u0153ur joie des morceaux populaires tels que L\u2019Amiral, Twou Panno, Kay Madan Bruno, Madan Minan T\u00e8t Ko kolo, Pye-m pa touche t\u00e8, Balanse Yaya, etc. Et ce furent justement ces deux exp\u00e9riences diam\u00e9tralement oppos\u00e9es \u2013 les \u00e9tudes musicales \u00e0 Saint Louis de Gonzague et les divertissements populaires &#8211; qui allaient influencer plus tard l\u2019\u0153uvre magnifique, impeccable et irr\u00e9prochable de Raoul Guillaume.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019univers musical de Raoul Guillaume est maintenant plus \u00e9largi. Il \u00e9volue comme saxophoniste alto \u00e0 la fanfare de son institution scolaire. S\u2019il joue \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Ernest \u00ab Nono \u00bb Lamy, Roger Savain, Serge Lebon et d\u2019autres devanciers, Guy Durosier, son benjamin de cinq ans, est celui qui deviendra son complice musical. Sur ce, je pr\u00e9f\u00e8re laisser parler le maestro lui-m\u00eame: \u00ab <em>\u00c0 l\u2019Institution Saint Louis de Gonzague, il nous \u00e9tait interdit de faire de la musique populaire. Or, Guy et moi aimions ce genre de musique, en particulier la meringue ha\u00ef tienne. Nous avions pris l\u2019habitude de nous \u00e9chapper \u00e0 la vigilance des Fr\u00e8res pour aller plaire aux jeunes filles de l\u2019\u00e9cole Sainte Philom\u00e8ne dirig\u00e9e par les s\u0153urs Dup\u00e9, en jouant des airs du terroir&#8230; C\u2019est \u00e0 partir de cette p\u00e9riode que Guy et moi avions commenc\u00e9 \u00e0 nous adonner \u00e0 la musique populaire<\/em>. \u00bb (Entrevue de Louis Carl Saint Jean, LCSJ, avec Raoul Guillaume, Lundi 18 octobre 2004).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Un autre bonheur allait se poindre pour Raoul Guillaume. Vers la m\u00eame \u00e9poque \u2013 nous sommes en 1944 -, Charles Ren\u00e9 Saint Aude, clarinettiste de La Musique du Palais et maestro du Jazz des Jeunes (alors un sextette), vient habiter presque en face des Guillaume, toujours \u00e0 la rue du Centre. Dans les salons du maestro-militaire, se tiennent les s\u00e9ances de r\u00e9p\u00e9tition de ce groupe. Raoul Guillaume m\u2019a souvent dit : \u00ab J\u2019assistais \u00e0 presque toutes les s\u00e9ances de r\u00e9p\u00e9tition du Jazz des Jeunes. Cela m\u2019avait permis de me familiariser davantage avec la musique populaire et de con na\u00eetre par c\u0153ur le r\u00e9pertoire du Jazz des Jeunes. En plus, je suivais ce groupe un peu partout : chez les Baron, \u00e0 la rue du Champ-de-Mars, chez les Florus, \u00e0 la rue de la R\u00e9union, chez les Charlier au Chemin des Dalles, chez Ac\u00e8s Magnan \u00e0 l\u2019avenue Bouzon, etc. De tr\u00e8s souvent, je rempla\u00e7ais au pied lev\u00e9 \u00e0 la clarinette le maestro Saint Aude qui s\u2019absentait surtout les dimanches soir pour aller jouer au concert que donnait La Musique du Palais sur le Kiosque Occide Jeanty, au Champ-de-Mars. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Cette heureuse initiative allait porter ses fruits. Au cours des premiers mois de l\u2019ann\u00e9e 1946, Issa El Saieh assiste \u00e0 un bal du Jazz des Jeunes organis\u00e9 dans les salons de Mme D\u00e9mosth\u00e8nes Brignolle, \u00e0 l\u2019Avenue Bouzon. Ebloui par le talent du jeune saxophoniste, le maestro petit-go\u00e2vien s\u2019informe \u00e0 son sujet. Apprenant qu\u2019il fr\u00e9quente Saint Louis de Gonzague, il demande \u00e0 Serge Lebon, membre fondateur de son orchestre et ami du jeune musicien, de contacter celui-ci. C\u2019est ainsi que Raoul Guillaume a int\u00e9gr\u00e9 l\u2019Orchestre Issa El Saieh. Il avait remplac\u00e9 Raymond Mevs, qui, lui, jouait le soprano. Il avait 18 ans et se trouvait en classe de Rh\u00e9to.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Le choix d\u2019Issa El Saieh allait se r\u00e9v\u00e9ler judicieux. \u00c0 ce sujet, il m\u2019avait confi\u00e9: \u00ab L\u2019int\u00e9gration de Raoul Guillaume dans mon orchestre a \u00e9t\u00e9 une b\u00e9n\u00e9diction. En d\u00e9pit de sa jeunesse, comme ex\u00e9cutant, il s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 \u00e0 la hauteur de saxophonistes chevronn\u00e9s tels que Victor Flambert et Ludovic Williams. En plus, remarquant son s\u00e9rieux et sa discipline, bien qu\u2019il f\u00fbt encore adolescent, je lui ai imm\u00e9diatement confi\u00e9 l\u2019administration compl\u00e8te de l\u2019orchestre. Et il s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 \u00e0 la hauteur de la confiance que j\u2019avais plac\u00e9e en lui. D\u2019ailleurs, lors que j\u2019avais remis sur pied mon orchestre, c\u2019est chez ses parents que je faisais les r\u00e9p\u00e9titions.\u00bb (Entrevue de Louis Carl Saint Jean avec Issa El Saieh, Vendredi 10 juin 1994)<\/span><\/p>\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li><span style=\"color: #000000;\"><em>Fin de la premi\u00e8re partie.<\/em><\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Louis Carl Saint Jean louiscarlsj@yahoo.com Lundi 30 novembre 2020<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Cet article est publi\u00e9 par l\u2019hebdomadaire Ha\u00efti-Observateur (<strong>NYC, USA<\/strong>), \u00e9dition du 16 d\u00e9cembre 2020, <strong>VOL. L No. 49<\/strong> et se trouve en <strong>P. 12, 13<\/strong> \u00e0 : <a href=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/H-O-16-dec-2020.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/H-O-16-dec-2020.pdf<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RAOUL GUILLAUME S\u2019EST ETEINT, \u00ab Ha\u00efti a perdu un tr\u00e9sor \u00bb par Louis Carl Saint-Jean La musique populaire ha\u00eftienne a connu ses lettres de noblesse indiscutablement \u00e0 l\u2019av\u00e8nement au pouvoir, en ao\u00fbt 1946, de l\u2019Honorable Dumarsais Estim\u00e9. En effet, \u00e0 partir de cette date, et jusqu\u2019\u00e0 la chute, en d\u00e9cembre 1956, du g\u00e9n\u00e9ral Paul-Eug\u00e8ne Magloire, le firmament artistique de notre pays a vu scintiller toute une constellation de musiciens. R\u00e9unis dans un c\u00e9nacle qui sera baptis\u00e9 plus tard \u00ab La Belle Epoque \u00bb, la majorit\u00e9 d\u2019entre eux, enti\u00e8rement acquis \u00e0&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":4670,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4,10,20,31,32,1],"tags":[604,4149,4150,2749,4148,4147,4151],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4973"}],"collection":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4973"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4973\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4975,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4973\/revisions\/4975"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4670"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4973"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4973"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4973"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}