{"id":4745,"date":"2020-11-11T09:39:27","date_gmt":"2020-11-11T14:39:27","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4745"},"modified":"2020-11-11T09:39:27","modified_gmt":"2020-11-11T14:39:27","slug":"autour-du-livre-haiti-en-musique-du-maestro-marc-lamarre-par-louis-carl-saint-jean","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4745","title":{"rendered":"Autour du Livre Ha\u00efti en Musique du Maestro Marc Lamarre par Louis Carl Saint Jean"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Autour du Livre Ha\u00efti en Musique du Maestro Marc Lamarre <\/strong><em>par Louis Carl Saint Jean<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Comme cadeau de mon ami, l\u2019 &#8211; ing\u00e9nieur et musicien Fritz \u00abFito\u00bb Joassin, j\u2019ai obtenu vendredi dernier le livre \u00ab Ha\u00efti en mu si &#8211; que \u2013 160 m\u00e9lodies populaires \u00bb de Marc Lamarre, fondateur de l\u2019ensemble Les Diables du Rythme de Saint Marc. Ayant trouv\u00e9 les premi\u00e8res pages tellement int\u00e9ressantes, alors je l\u2019ai lu d\u2019une traite. C\u2019est un travail de b\u00e9n\u00e9dictin, comme l\u2019a si bien dit Raoul Guillaume dans la pr\u00e9face.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Je pense que cet ouvrage aura la vertu de colmater une br\u00e8che b\u00e9ante. Il permettra \u00e0 nos musiciens actuels et aux \u00e9trangers qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 notre musique de trouver les partitions qui leur faisaient tant d\u00e9faut quand ils devaient interpr\u00e9ter certains airs de notre terroir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Cependant, \u00e0 part La Bible, aucun autre livre n\u2019est parfait. En plus, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 aucun humain, m\u00eame un g\u00e9nie, de poss\u00e9der la science infuse. Autrement dit, dans aucun domaine, nul n\u2019a le dernier mot ni le monopole du savoir. Cela est surtout vrai quand il s\u2019agit de l\u2019histoire de la musique ha\u00eftienne. Nous devons admettre que c\u2019est un sujet tr\u00e8s vas te dans lequel, \u00e0 part de l\u2019Histoire de la musique en Ha\u00efti de Constantin Dumerv\u00e9, selon moi, les livres \u00e9crits avec s\u00e9rieux manquent au chercheur enti\u00e8rement investi dans son r\u00f4le.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Ceci dit, j\u2019ai relev\u00e9 certaines petites erreurs dans le livre du maestro Lamarre. Elles portent essentiellement sur la paternit\u00e9 des paroles de certaines \u0153uvres. L\u2019attribution de certains noms d\u2019auteur est, je pense, incorrecte. Au nom de la v\u00e9rit\u00e9 historique et pour faire justice \u00e0 la m\u00e9moire des auteurs qui ne sont plus de notre monde, je tiens \u00e0 rectifier certaines d\u2019entre elles. D\u2019ailleurs, M. Lamarre lui-m\u00eame m\u2019a encourag\u00e9 \u00e0 le faire. Dans le m\u00eame temps, je souligne que ces quelques peccadilles ne diminuent en rien la valeur de l\u2019ouvrage. En fait, l\u2019auteur lui-m\u00eame, guid\u00e9 par sa probit\u00e9 intellectuelle, a pri\u00e9, dans l\u2019Avertissement, \u00ab aux personnes int\u00e9ress\u00e9es et aux lecteurs d\u2019excuser toute inexactitude et toute omission \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Par ailleurs, si dans ma qu\u00eate, il m\u2019arrivera d\u2019errer, je pense que d\u2019autres plumes beaucoup plus habiles que la mienne feront jaillir la lumi\u00e8re. En fait, je pense que nous aurions d\u00fb prendre l\u2019habitude d\u2019\u00e9lever la voix lors que nous constatons que certains faits sont rapport\u00e9s de mani\u00e8re purement fantaisiste, parfois selon le produit de l\u2019imagination d\u2019un auteur. Nous devons nous montrer encore plus exigeants lorsque nous remarquons clairement que, comme source, celui-ci n\u2019a que nos trop commodes \u00ab<em>yo te di m<\/em>\u00bb ou \u00ab<em>mwen te tande<\/em>\u00bb. Cette fa\u00e7on de se pencher sur l\u2019histoire de la musique ha\u00eftienne n\u2019est plus de saison. De ce fait, notre mutisme ne rendra pas service ni \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ni aux g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4748 alignleft\" src=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ho11nov2020DofLegros-300x266.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"266\" srcset=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ho11nov2020DofLegros-300x266.jpg 300w, http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ho11nov2020DofLegros.jpg 325w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Ceci dit, venons-en aux faits.\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\">Consid\u00e9rons Marye la, marye la pa bon (page 65), Gab\u00e9lus (p. 132) et Choubouloutte (p. 193). L\u2019auteur de <em>Marye la, marye la pa bon<\/em> (Page 65) n\u2019est nul autre qu\u2019Auguste \u00ab Candio \u00bb de Pradines.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Pour ce qui est de Gabelus, la musique est sans conteste du capitaine Luc Jean-Baptiste, mais les paroles ne sont pas de ce grand maestro. C\u2019est la chanson d\u2019une pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale \u00e9crite dans les ann\u00e9es 1930 par Dominique Hyppolite. (R\u00e9f\u00e9rence : Entrevue de LCSJ avec Emerante de Pradines, 16 septembre 2008)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Choubouloutte n\u2019est pas de Walter Scott Ulysse. C\u2019est plut\u00f4t l\u2019\u0153uvre du compositeur Georges Franck, ancien saxophoniste de La Musique du Palais, dirig\u00e9e alors par le capitaine Luc Jean-Baptiste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Michel Desgrottes est incontestablement une des sommit\u00e9s de la musique populaire ha\u00eftienne. Il fait partie des grands musiciens de sa g\u00e9n\u00e9ration, voire toutes g\u00e9n\u00e9rations confondues. En effet, celui-ci est tellement connu comme \u00e9tant un excellent et prolifique compositeur que nous avons tendance \u00e0 lui donner la paternit\u00e9 de la plupart des morceaux qu\u2019il a arrang\u00e9s et\/ou popularis\u00e9s. Se rangent dans cette m\u00eame cat\u00e9gorie, comme nous allons le voir bient\u00f4t, ses alter ego Antalcidas Murat, G\u00e9rard Dupervil, Raoul Guillaume, etc.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><em>Un peu d\u2019amour, beaucoup de peine <\/em>(p. 101) n\u2019est pas de Michel Desgrottes. Comme me l\u2019a fait r\u00e9cemment remarquer Dr Marcelo Mitchelson, il a \u00e9t\u00e9 popularis\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950 par le chanteur canadien Norman Knight (de son vrai nom Norman Mullins). On peut l\u2019\u00e9couter sur YouTube.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4715 alignleft\" src=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ho11nov2020DesgrotteVolel-300x284.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"284\" srcset=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ho11nov2020DesgrotteVolel-300x284.jpg 300w, http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ho11nov2020DesgrotteVolel.jpg 450w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>C\u2019est \u00e0 tort que nous attribuons \u00e0 Michel Desgrottes Deux ti poissons (p. 97), Pa pleur\u00e9 lib\u00e9ral, Trois b\u00e9b\u00e9s, La sir\u00e8ne diamant, La sir\u00e8ne, la bal\u00e8ne (p. 201), etc. L\u2019on se rappellera que dans les ann\u00e9es 1950, l\u2019on avait vu appara\u00eetre une vive pol\u00e9mique entre Auguste Durosier et Michel Desgrottes au sujet de ces quatre pi\u00e8ces. Rappelons, par exemple, que Pa pleur\u00e9 lib\u00e9ral date de la fin de l\u2019ann\u00e9e 1876, quelques mois apr\u00e8s la premi\u00e8re arriv\u00e9e au pouvoir de Boirond Canal, lors, donc, de la scission du Parti lib\u00e9ral.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Deux ti poissons, La sir\u00e8ne diamant et La sir\u00e8ne, la baleine sont des chansons tir\u00e9es de nos contes folkloriques, nos \u00ab <em>kont an ba ton\u00e8l <\/em>\u00bb. Dans son arrangement de Deux ti poissons, Michel Desgrottes a \u00e9voqu\u00e9 le nom d\u2019Ir\u00e8ne. Sous nos tonnelles, la personne qui fait la narration du conte choisit le pr\u00e9nom de la beaut\u00e9 qui lui pla\u00eet. La v\u00e9rit\u00e9 est que, vers 1953 \u2013 1954, des habitu\u00e9s d\u2019un certain \u00e2ge du Riviera H\u00f4tel d\u2019Ha\u00efti avaient fourni \u00e0 Michel Desgrottes certains anciens morceaux, dont Pa pleure liberal et Trois b\u00e9b\u00e9s. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019auteur de Ti Jocelyne, maestro de l\u2019ensemble de cet \u00e9tablissement commercial, les a arrang\u00e9s et ajout\u00e9s au r\u00e9pertoire de son groupe (R\u00e9f\u00e9rences: Edner Guignard et Emilio Gay, respectivement ancien pianiste et trompettiste de l\u2019ensemble du Riviera.) Puisque chez nous, vers cette \u00e9poque, sur la couverture des albums, on faisait rarement accompagner le titre des morceaux par le nom de leur cr\u00e9ateur, le public les attribuait g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019artiste qui les a p\u00e9rennis\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">G\u00e9rard Dupervil n\u2019est pas le compositeur de Ala kote gen fanm (p. 103). C\u2019est l\u2019\u0153uvre de musiciens anonymes d\u2019un groupe de rara d\u2019une de nos sections rurales &#8211; peut-\u00eatre du Sud d\u2019Ha\u00efti. Elle date de tr\u00e8s longtemps. En fait, depuis les ann\u00e9es 1920 \u2013 1930, les f\u00eatards se d\u00e9lectaient de ce morceau \u00e0 Mirago\u00e2ne (ville d\u2019origine de G\u00e9rard Dupervil), \u00e0 Fond-des-N\u00e8gres (ville d\u2019origine de mes parents maternels), \u00e0 Fond-des-Blancs, \u00e0 Aquin, \u00e0 Cavaillon, etc. Au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 1960, Dupervil l\u2019avait arrang\u00e9e et mise dans le r\u00e9pertoire du Jazz des Jeunes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Les paroles de J\u00e9r\u00e9mie (p.122) sont d\u2019Emile Roumer et la musique est de Raoul Guillaume. Je crois que notre maestro a mis en musique trois ou quatre po\u00e8mes du barde j\u00e9r\u00e9mien. Parmi eux : J\u00e9r\u00e9mie, Beau Brummel,Ti Yette, etc. (R\u00e9f\u00e9rence : Entrevue de Louis Carl Saint Jean avec Raoul Guillaume, 17 octobre 2004)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Konfyans (p.150) n\u2019est pas de Rodolphe \u00ab D\u00f2d\u00f2f \u00bb Legros. C\u2019est un tango argentin datant des ann\u00e9es 1930. Il a \u00e9t\u00e9 popularis\u00e9, parmi d\u2019autres artistes, par la superstar argentine Libertad Lamarque. Il a fait le tour de notre pays d\u00e8s la fin de cette m\u00eame d\u00e9cennie. D\u2019ailleurs, dans les ann\u00e9es 1940 \u2013 1950, Konfyans \u00e9tait l\u2019une des pi\u00e8ces de pr\u00e9dilection des troubadours jacm\u00e9liens, tels que Ti D\u00f2f Lamarque, Gros Paris (le p\u00e8re de Ti Paris), R\u00e9my Neptune, Roger Zenny, etc. D\u2019ailleurs, dans les ann\u00e9es 1960, beau coup de Jacm\u00e9liens l\u2019avaient attribu\u00e9e \u00e0 Ti D\u00f2f Lamarque, surtout que celui-ci partage le m\u00eame patronyme avec la chanteuse argentine. \u00c9videmment, D\u00f2d\u00f2f Legros, \u00e9voluant \u00e0 \u00ab La R\u00e9publique de Port-au-Prince \u00bb, l\u2019a enregistr\u00e9 et l\u2019a immortalis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e9galement \u00e0 sa suave voix.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Si l\u2019auteur du po\u00e8me Marabout de mon c\u0153ur \u2013 \u00c9mile Roumer \u2013 est connu de tous, cependant, le nom de celui ou de celle qui a mis en musique ce joyau litt\u00e9raire, demeure incertain. On l\u2019a accord\u00e9, le plus souvent \u00e0 tort, \u00e0 plusieurs compositeurs. Parmi eux, encore \u00e0 tort, vient souvent le nom de D\u00f2d\u00f2f Legros.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Au sujet de ce l\u00e9gendaire artiste, mon chanteur ha\u00eftien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s Guy Durosier, clarifions calmement un point. Il est, \u00e0 mon go\u00fbt, l\u2019une des plus belles voix ha\u00eftiennes et l\u2019un de nos meilleurs interpr\u00e8tes. Cependant, c\u2019est \u00e0 tort que nous le consid\u00e9rons comme un compositeur. Je peux bien me tromper, mais \u00e0 ma connaissance limit\u00e9e, de toute sa carri\u00e8re, si D\u00f2d\u00f2f a compos\u00e9 un morceau, il n\u2019en a pas compos\u00e9 deux. Vers les ann\u00e9es 1940 \u2013 1950, dans la famille, le compositeur \u00e9tait Jean Legros. Finalement, cela coule de source que Trois feuilles, trois racines O (P.153) n\u2019est pas de D\u00f2d\u00f2f Legros. C\u2019est un morceau vodouesque, d\u00e9sacralis\u00e9 par la plupart de nos troubadours.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4734 alignleft\" src=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/HO11nov2020UlrickPL-300x186.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"186\" srcset=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/HO11nov2020UlrickPL-300x186.jpg 300w, http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/HO11nov2020UlrickPL.jpg 325w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>En qui a trait \u00e0 Antalcidas Murat, je pense que c\u2019est un nom que ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la musique ha\u00eftienne devraient \u00e9voquer avec tremblement. Il fait partie de nos plus grands compositeurs. Cependant, Bernadette (p. 158) n\u2019est pas de lui. C\u2019est plut\u00f4t l\u2019\u0153uvre du violoniste et compositeur gona\u00efvien D\u00e9lyle Beno\u00eet. Ce dernier l\u2019avait burin\u00e9e dans les ann\u00e9es 1930 pour sa fille Bernadette Beno\u00eet. Deux d\u00e9cennies plus tard, Antalcidas Murat, son cor\u00e9gionaire, l\u2019a orchestr\u00e9e et mise dans le mythique r\u00e9pertoire du Jazz des Jeunes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Pendant que je mentionne le nom d\u2019Antalcidas Murat, restons-y un moment. Dieu lui avait donn\u00e9 plusieurs talents: trompettiste, compositeur, orchestrateur, etc. Cependant, il n\u2019avait pas re\u00e7u ni celui de parolier. C\u2019est \u00e0 tort que, dans les quatre tomes Initiation \u00e0 la musique de danse avec le Super Jazz des Jeunes, Ren\u00e9 Beaubrun a fait passer Antalcidas Murat pour le parolier de certains morceaux \u00e0 succ\u00e8s de cet immortel orchestre. Par exemple, ceux trouv\u00e9s de la page 159 \u00e0 la page 170 (A se konsa, B\u00e8l ch\u00e8 manman, B\u00e8l j\u00e8s, Ding deng dong, Gran moun pa mele, etc.) ne sont pas d\u2019Antalcidas Murat. Ce sont de vers qu\u2019a cisel\u00e9s les Lhomond Henry, Estrop Jean-Baptiste et d\u2019autres excellents po\u00e8tes anonymes. Le l\u00e9gendaire musicien gona\u00efvien les a g\u00e9nialement mis en musique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Pour mieux nous convaincre, consid\u00e9rerons trois autres. Panyen kouvri panyen (p. 170) \u00e9tait l\u2019une des pi\u00e8ces f\u00e9tiches de \u00abPanyen \u00bb, un groupe carnavalesque gona\u00efvien. Karavach\u00e8 (p.164), paroles et musique, est d\u2019Alb\u00e9ric Samedi, un grand troubadour du Bel Air des ann\u00e9es 1940 et 1950. Celui-ci faisait partie du cercle des Joseph \u00ab Kayou\u00bb Franck, Murat Pierre, D\u00f2d\u00f2f Legros, etc. Les paroles de Na tif natal sont de Jean-Marie P\u00e9tion et d\u2019Augustin Volcy. Elles ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 la m\u00e9lodie d\u2019un spot publicitaire qu\u2019Antalcidas Murat avait fait au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 pour la promotion de \u00abCigarette Cr\u00e9ole\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Fanm se labapen (p. 175) n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 par Fera Pierre. C\u2019est un morceau que les musiciens du Jazz des Jeunes avaient pris d\u2019une bande de rara de L\u00e9og\u00e2ne vers 1948 \u2013 1949. En guise de reconnaissance \u00e0 Fera qui avait encourag\u00e9 Antalcidas Murat \u00e0 l\u2019orchestrer, le personnel du groupe a mis le nom de celui-ci comme l\u2019auteur. (R\u00e9f\u00e9rence: Entrevue de LCSJ avec F\u00e9lix Guignard, 15 janvier 2005.)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Parlons un peu de C\u00e9lina (p. 141). Cette pi\u00e8ce populaire n\u2019est pas du maestro Marc Lamarre. D\u2019ailleurs, lui et moi, en avons parl\u00e9 hier apr\u00e8s-midi. C\u00e9lina fait partie des milliers de ces chansons des rues et des terrasses ha\u00eftiennes dont il est malheureusement tr\u00e8s difficile d\u2019en conna\u00eetre l\u2019auteur et l\u2019origine. Comme Sizo, Deux jumeaux et d\u2019autres, il fait donc partie du folklore national. Ayant fait le tour du pays, la transmission orale a heureusement permis leur survie. Il serait donc tr\u00e8s difficile de retrouver l\u2019acte de naissance de C\u00e9lina. Cependant, dans les ann\u00e9es 1940, elle jouissait d\u00e9j\u00e0 d\u2019une grande popularit\u00e9 dans le Sud-Est d\u2019Ha\u00efti. Aussi, on l\u2019entendait souvent dans les s\u00e9r\u00e9nades donn\u00e9es par les troubadours jacm\u00e9liens mentionn\u00e9s plus haut. Selon ce que m\u2019a rapport\u00e9 le m\u00e9decin jacm\u00e9lien David Joseph, musicien \u00e0 ses heures perdues, le pr\u00e9nom de cette dame changeait selon l\u2019interpr\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Bient\u00f4t, C\u00e9lina voyagera jusque sur les rives de l\u2019Artibonite. Le chanteur Jules Doug\u00e9, originaire de Jacmel, arrive au sein des Diables du Rythme de Saint Marc en 1962 et la propose \u00e0 son maestro Marc Lamarre. Ce dernier, l\u2019ayant aim\u00e9e, l\u2019a arrang\u00e9e pour les d\u00e9lices des admirateurs de son orchestre. Peu apr\u00e8s, le maestro saint-marcois le partagera avec Antalcidas Murat, le pivot du Jazz des Jeunes, qui l\u2019a orchestr\u00e9e \u00e0 sa mani\u00e8re. Gr\u00e2ce au talent du chanteur Emmanuel Auguste, second\u00e9 par la chanteuse Edeline D\u00e9jean, C\u00e9lina, jusqu\u2019 \u00e0 ce jour a convers\u00e9 toute sa fra\u00eecheur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Tombe dans la m\u00eame cat\u00e9gorie la chanson Deux jumeaux (p. 185). Fran\u00e7ois Rossignol n\u2019en est pas l\u2019auteur. Au sujet de l\u2019origine de ce morceau, voici le peu que le maestro et orchestrateur l\u00e9og\u00e2nais Jean-Marie Marthone m\u2019a appris: \u00ab Un soir d\u2019ao\u00fbt 1968, La Ruche de L\u00e9og\u00e2ne anime une soir\u00e9e dansante \u00e0 Pointe-\u00e0-Raquette. Au cours de l\u2019interm\u00e8de se produit un groupe de troubadours de cette localit\u00e9. Parmi ses morceaux, Deux jumeaux a retenu notre attention. Sur la suggestion de presque tous les musiciens du groupe, je l\u2019ai orchestr\u00e9. Un peu plus tard, nous l\u2019avons enregistr\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, Fran\u00e7ois Rossignol \u00e9tait le principal chanteur de La Ruche. \u00bb (R\u00e9f\u00e9rence: Entrevue de LCSJ avec Jean-Marie Marthone, 13 ao\u00fbt 2011).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Webert Sicot, l\u2019un de mes musiciens pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s et mon saxophoniste de pr\u00e9dilection, n\u2019est pas l\u2019auteur de Minouche (p. 189). Ce morceau a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1950 par Jean Donnay, alors saxophoniste du Jazz Verdi. Il va sans dire que cet ensemble musical de Petit-Go\u00e2ve l\u2019avait alors interpr\u00e9t\u00e9. Quelques ann\u00e9es plus tard, le g\u00e9nial Webert Sicot l\u2019a arrang\u00e9 pour le b\u00e9n\u00e9fice des admirateurs de son ensemble, dont Jean Donnay fut un des membres fondateurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Passons maintenant aux deux anciens moteurs de l\u2019Orchestre Septentrional: Hulric Pierre-Louis et Alfred \u00ab Fr\u00e9do \u00bb Mo\u00efse. Dans la belle histoire de cet ensemble, quand on parle de compositeurs, ce sont ces deux noms qui, selon moi, sonnent le plus fort. Ils furent, ce que, de 1858 \u00e0 1966, Antalcidas Murat et G\u00e9rard Dupervil ont \u00e9t\u00e9 au Jazz des Jeunes. Hulric et Fr\u00e9do n\u2019ont jamais compos\u00e9 un morceau conjointement. Ou bien une composition est de l\u2019un ou bien elle est de l\u2019autre. Par exemple, Cap-Haitien, Nuit de Port-au-Prince et Moin prale, paroles et musique sont d\u2019Huric Pierre-Louis. Parall\u00e8lement, Apollo XI, Fabolon, Toi et moi et Vent temp\u00eate, paroles et musique, sont d\u2019Alfred Moise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Septen tu vois la mer (p. 181) n\u2019est pas d\u2019Hulric Pierre-Louis. C\u2019est plut\u00f4t l\u2019\u0153uvre, paroles et musique, de Jean-Paul Massicote, un Canadien qui, dans les ann\u00e9es 1960, hivernait au Cap-Haitien et dans d\u2019autres \u00eeles des Cara\u00efbes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Restons dans le Nord et parlons de l\u2019auteur de deux jolis morceaux du mythique Orchestre Tropicana d\u2019Ha\u00efti: Anita et Pa meprize m. Jacques Claudin Toussaint, fondateur du Jazz capois, devenu plus tard Jazz Cara\u00efbes, anc\u00eatre de \u00ab La fus\u00e9e d\u2019or \u00bb, n\u2019est l\u2019auteur de ni l\u2019un ni l\u2019autre. Anita est plut\u00f4t l\u2019\u0153uvre, paroles et musique, du chanteur Giordani Joseph. Elle a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9e par l\u2019inoubliable Charlemagne Pierre-No\u00ebl. Faisons d\u2019une pierre deux coups et disons que ce dernier est, le cr\u00e9ateur de Pa me prize m. (R\u00e9f\u00e9rence: Louis Jean Lubin, trompettiste de l\u2019Orchestre Tropicana d\u2019Ha\u00efti)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">En conclusion, je pense que Marc Lamarre a fait un travail colossal. Faire d\u2019abord des recherches pour r\u00e9diger ensuite cet ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence dans les conditions combien difficiles du Port-au-Prince d\u2019aujourd\u2019hui rel\u00e8ve de la gageure. \u00ab Ha\u00efti en musique \u2013 160 m\u00e9lodies populaires \u00bb a sa place dans les rayons de biblioth\u00e8que de quiconque s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019art ha\u00eftien. J\u2019encourage les chercheurs, musiciens et \u00e9tudiants \u00e0 s\u2019en procurer au plus vite. Et j\u2019esp\u00e8re que d\u2019autres devanciers suivront ce bel exemple, car nous avons grandement besoin de ces genres de travail de m\u00e9moire. Ce sera de tout profit pour la jeunesse ha\u00eftienne qui a besoin d\u2019\u00eatre entour\u00e9e, accompagn\u00e9e et guid\u00e9e par des hommes de l\u2019envergure de l\u2019esprit et des m\u00e9rites du maestro Marc Lamarre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><em>Louis Carl Saint Jean louiscarlsj@yahoo.com 30 octobre 2020<\/em><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">cet article est publi\u00e9 par l&#8217;hebdomadaire <strong>Ha\u00efti-Observateur<\/strong>, \u00e9dition du 11 nov. 2020, <strong>VOL. L No. 44<\/strong>\u00a0<strong>NYC<\/strong> US et se trouve en <strong>P. 5, 13<\/strong>\u00a0\u00e0 : <a href=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/H-O-11-nov-2020.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/H-O-11-nov-2020.pdf<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autour du Livre Ha\u00efti en Musique du Maestro Marc Lamarre par Louis Carl Saint Jean Comme cadeau de mon ami, l\u2019 &#8211; ing\u00e9nieur et musicien Fritz \u00abFito\u00bb Joassin, j\u2019ai obtenu vendredi dernier le livre \u00ab Ha\u00efti en mu si &#8211; que \u2013 160 m\u00e9lodies populaires \u00bb de Marc Lamarre, fondateur de l\u2019ensemble Les Diables du Rythme de Saint Marc. Ayant trouv\u00e9 les premi\u00e8res pages tellement int\u00e9ressantes, alors je l\u2019ai lu d\u2019une traite. C\u2019est un travail de b\u00e9n\u00e9dictin, comme l\u2019a si bien dit Raoul Guillaume dans la pr\u00e9face. 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