{"id":4425,"date":"2020-09-23T23:22:01","date_gmt":"2020-09-24T03:22:01","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4425"},"modified":"2020-09-27T23:25:21","modified_gmt":"2020-09-28T03:25:21","slug":"en-lisant-raymond-cassagnol-par-charles-dupuy","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4425","title":{"rendered":"En lisant Raymond Cassagnol&#8230; par Charles Dupuy"},"content":{"rendered":"<p><strong>LE COIN DE L\u2019HISTOIRE<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>En lisant Raymond Cassagnol<\/em>&#8230;<\/strong> <em>par Charles Dupuy<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans son livre, paru en 2004, M\u00e9moire d\u2019un r\u00e9volutionnaire, Raymond Cassagnol consacre quelques bonnes pages aux m\u00e9saventures de certaines entreprises rentables pour le pays, mais que des politiciens arrivistes et trop cupides se sont appliqu\u00e9s \u00e0 saborder. Cassagnol s\u2019arr\u00eate en particulier sur le triste dossier de la figue-banane une industrie qui enrichissait le paysan ha\u00eftien et qui a malheureusement disparu sous Dumarsais Estim\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9coutons-le. \u00ab Avant Lescot, dit-il, la Standard Fruit avait le monopole de l\u2019exploitation de la figue-banane et de son exportation. Elle faisait choux et rave: elle n\u2019achetait pas de r\u00e9gime de moins de six pattes. M\u00eame si un r\u00e9gime avait dix ou douze pattes, il passait pour neuf. Les r\u00e9gimes de moins de neuf pattes \u00e9taient disproportionnellement d\u00e9class\u00e9s. De plus, la Standard Fruit achetait par pattes et revendait au poids. Elle avait \u00e9galement ses propres plantations dans la vall\u00e9e de l\u2019Artibonite. D\u2019autre part, elle n\u2019achetait que la vari\u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e gros Vincent, mais pas les Lacathans. Le gros Vincent [gros Michel ?] est la vraie banane.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Lescot avait accord\u00e9 un monopole de la figue-banane \u00e0 Jean \u00c9lie, beau-fr\u00e8re de son fils G\u00e9rard Lescot. Jean \u00c9lie avait form\u00e9 sa propre compagnie, la Habanex (pour Haitian Banana Export) et avait le monopole d\u2019exploitation, si j\u2019ai bonne m\u00e9moire, d\u2019une partie du nord. [\u2026] La Habanex faisait r\u00e9guli\u00e8rement ses achats, jeudi et vendredi. [\u2026] Le gouvernement de Lescot disparaissant, Jean \u00c9lie continua ses op\u00e9rations avec la m\u00eame r\u00e9gularit\u00e9. [\u2026] Apr\u00e8s la chute de Lescot, vint la junte et ensuite le gouvernement de Dumarsais Estim\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019exploitation de la figue-banane avait la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre tr\u00e8s lucrative. Les nouveaux venus ne purent r\u00e9sister \u00e0 la tentation. C\u2019est ainsi que la Hafrusco (Haitian Fruit Co), fut fond\u00e9e avec comme actionnaires Harry et \u00c9ric Tippenhauer, les s\u00e9nateurs Bourjolly et Roy, le d\u00e9put\u00e9 Philippe Charlier, et d\u2019autres. Le capital social de la Hafrusco \u00e9tait pour le moins ridicule. Membre aussi de la Hafrusco \u00e9tait l\u2019am\u00e9ricain Courtland qui repr\u00e9sentait les int\u00e9r\u00eats de ceux qui, aux \u00c9tats-Unis, finan\u00e7aient les achats en Ha\u00efti. [\u2026] Parmi les actionnaires, le seul dont les int\u00e9r\u00eats n\u2019\u00e9taient pas mon\u00e9taires \u00e9tait Philippe Charlier. Il voulait s\u2019assurer que les int\u00e9r\u00eats de ceux qui vivaient dans sa juridiction politique n\u2019\u00e9taient pas l\u00e9s\u00e9s [\u2026]\n<p>Ce qui provoqua la crise \u00e9tait la mauvaise organisation et le peu de souci dont faisaient montre les actionnaires pour l\u2019avenir de la figue-banane. Celle-ci \u00e9tait devenue la seconde denr\u00e9e d\u2019exportation apr\u00e8s le caf\u00e9, avec tendance \u00e0 la remplacer comme num\u00e9ro un. L\u2019attitude de ces messieurs est l\u2019une des raisons principales de la d\u00e9gradation future des finances d\u2019Ha\u00efti.<\/p>\n<p>Les valeurs affect\u00e9es aux achats \u00e9taient mal g\u00e9r\u00e9es. Pour une petite compagnie comme la Hafrusco, il y avait trop de gros Zotobr\u00e9s \u00e0 d\u00e9pendre de ses finances, car tr\u00e8s probablement ils percevaient des salaires \u00e9lev\u00e9s, vu l\u2019app\u00e9tit de ces rapaces. Cassagnol nous d\u00e9crit ensuite longuement la mauvaise gestion de la compagnie par ses dirigeants incomp\u00e9tents et toute la gabegie qui en r\u00e9sulta.<\/p>\n<p>Un nouveau monopole fut accord\u00e9 \u00e0 une nouvelle compagnie dont je ne me souviens pas le nom, nous dit Cassagnol, dans le but \u00e9vident de remplacer la Habanex. Cette compagnie fit fusion avec la Hafrusco qui battait de l\u2019aile. Peu de temps apr\u00e8s, le gouvernement d\u2019Estim\u00e9 rendit officielle la fermeture de la Habanex. Sans s\u2019en rendre compte, il scellait le sort de la figue-banane en Ha\u00efti.<\/p>\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, nous apprend Cassagnol, il y avait un Noir am\u00e9ricain, id\u00e9aliste, ami de Fred Huchinson, Jimmy Plinton et de Perry Young, qui voulait \u00e9tablir une ligne a\u00e9rienne internationale nomm\u00e9e: Haitian Liberian International Air Line. Tout avait \u00e9t\u00e9 mis en place. Le capital n\u00e9cessaire avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9. Fred Hutchinson, pilote de renomm\u00e9e internationale, devait \u00eatre le pilote en chef et serait assist\u00e9 par Jimmy Plinton qui, plus tard, devint pilote de la TWA. Le projet avait \u00e9t\u00e9 soumis au gouvernement d\u2019Estim\u00e9 et il ne manquait que son autorisation. Devant les exigences des membres du gouvernement qui r\u00e9clamaient des pr\u00e9bendes pour l\u2019obtention de la licence, les capitalistes noir am\u00e9ricain qui s\u2019\u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s au projet qu\u2019\u00e0 cause du pass\u00e9 d\u2019Ha\u00efti, d\u00e9cid\u00e8rent de tout laisser tomber. Ha\u00efti venait de perdre une opportunit\u00e9 unique par laquelle elle aurait acc\u00e9d\u00e9 au march\u00e9 international.<\/p>\n<p>Plus loin dans son livre, Cassagnol nous raconte comment il a ouvert dans son bureau une lettre sans adresse de retour et qui portait la signature de Gontrand Rouzier. Celui-ci, l\u2019ancien sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019Information et \u00e0 la Police g\u00e9n\u00e9rale, sous Lescot, demandait \u00e0 un certain Philippe \u00ab de faire les d\u00e9marches pour qu\u2019il puisse retourner en Ha\u00efti, car il n\u2019avait pas longtemps \u00e0 vivre. Un examen m\u00e9dical avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 chez lui un cancer \u00e0 la t\u00eate. Je tombai des nues, raconte Cassagnol, me demandant si c\u2019\u00e9tait le m\u00eame Gontrand Rouzier, arrogant, dont j\u2019avais vu la fuite apr\u00e8s le d\u00e9part de Lescot ? Toujours est-il, je remis la lettre \u00e0 Philippe et n\u2019en ai jamais reparl\u00e9. Je ne sais quand ni comment Rouzier avait pu rentrer. C\u2019\u00e9tait certainement avec la complicit\u00e9 de Paul Magloire. Ce n\u2019est que fort longtemps apr\u00e8s que le public eut vent de ce fait et comme l\u2019Ha\u00eftien oublie vite, on a dit \u00ab Pauvre diable\u00bb. C\u2019\u00e9tait un pr\u00e9texte. Il n\u2019avait aucun cancer \u00e0 la t\u00eate et Gontrand Rouzier put m\u00eame prendre part \u00e0 la campagne \u00e9lectorale qui suivit la chute de Magloire. Apr\u00e8s les divers gouvernements, y compris le Conseil croupion, alors qu\u2019un soir je me rendais chez D\u00e9joie, \u00e0 Babiole, qui est-ce que je vis sortir de chez lui ? Gontrand Rouzier en chair et en os ! ! ! Pr\u00e9cisons ici pour le lecteur que Gontrand Rouzier avait \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la chute de Lescot, en janvier 1946, que ses biens avaient \u00e9t\u00e9 mis sous s\u00e9questre et qu\u2019il ne fut lib\u00e9r\u00e9 de sa prison pour des raisons de sant\u00e9 qu\u2019en mars 1947. N\u00e9 \u00e0 Paris le 4 mars 1908, Gontrand Rouzier est mort \u00e0 Port-au-Prince le 29 juin 1971.<\/p>\n<p>Ces extraits sont tir\u00e9s du livre de Raymond Cassagnol, M\u00e9moire d\u2019un r\u00e9volutionnaire, pages 51 \u00e0 56 C.D. coindelhistoire@gmail.co m (514) 862-7185<\/p>\n<hr \/>\n<p>cet article est publi\u00e9 par l\u2019hebdomadaire Ha\u00efti-Observateur (New York) \u00e9dition du 23 septembre 2020, <strong>VOL. L No.37<\/strong>\u00a0et se trouve en <strong>P. 3<\/strong> \u00e0 :\u00a0 <a href=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/H-O-23-septembre-2020.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/H-O-23-septembre-2020.pdf<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE COIN DE L\u2019HISTOIRE En lisant Raymond Cassagnol&#8230; par Charles Dupuy Dans son livre, paru en 2004, M\u00e9moire d\u2019un r\u00e9volutionnaire, Raymond Cassagnol consacre quelques bonnes pages aux m\u00e9saventures de certaines entreprises rentables pour le pays, mais que des politiciens arrivistes et trop cupides se sont appliqu\u00e9s \u00e0 saborder. Cassagnol s\u2019arr\u00eate en particulier sur le triste dossier de la figue-banane une industrie qui enrichissait le paysan ha\u00eftien et qui a malheureusement disparu sous Dumarsais Estim\u00e9. \u00c9coutons-le. \u00ab Avant Lescot, dit-il, la Standard Fruit avait le monopole de l\u2019exploitation de la figue-banane&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":3927,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1394,20],"tags":[2354,4009,4008,2497,604,807],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4425"}],"collection":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4425"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4425\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4427,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4425\/revisions\/4427"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3927"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4425"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4425"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4425"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}