{"id":4130,"date":"2020-08-12T09:28:35","date_gmt":"2020-08-12T13:28:35","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4130"},"modified":"2020-08-14T01:34:47","modified_gmt":"2020-08-14T05:34:47","slug":"naissance-de-la-populations-noire-en-amerique-black-lives-matter-par-frantz-celestin","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/haiti-observateur.org\/?p=4130","title":{"rendered":"Naissance de la populations noire en Am\u00e9rique &#8211; BLACK LIVES MATTER par Frantz C\u00e9lestin"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\">\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong><em>Naissance de la populations noire en Am\u00e9rique<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li><span style=\"color: #000000;\"><strong>BLACK LIVES MATTER<\/strong> <em>par Frantz C\u00e9lestin<\/em><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Avant 1503, il n\u2019existait pas d\u2019individus de race noire en Am\u00e9rique. Il n\u2019y a rien d\u2019anormal qu\u2019aujourd\u2019hui, les anciennes colonies europ\u00e9ennes se composent d\u2019 une mosa\u00efque des quatre races humaines qui sont, selon certains auteurs : la race des Noirs, celle des Blancs, celle des Rouges (Am\u00e9rindiens) et celle des Jaunes (Asiatiques). Cependant, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de se choquer, de crier : \u00ab\u00f4 racisme! \u00bb et de condamner l\u2019injustice qui s\u2019inscrit \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9barquement, en 1503, des tous premiers contingents de Noirs victimes des rigueurs de la \u00abtraite transatlantique\u00bb. Cette injustice consiste en une d\u00e9cision arbitraire et, r\u00e9p\u00e9tons-le, raciste prise principalement par deux monarques espagnols de race blanche : la reine Isa belle la Catholique et le roi Ferdinand II d\u2019Aragon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00c0 un moment donn\u00e9, il \u00e9tait \u00e9vident que les indiens (de race rouge) \u00e9taient en train de se d\u00e9cimer en raison des labeurs ext\u00e9nuants auxquels ils \u00e9taient astreints dans les mines d\u2019or. En vue d\u2019\u00e9viter leur extermination compl\u00e8te, les deux monarques espagnols d\u00e9cid\u00e8rent de les lib\u00e9rer de la servitude. En cons\u00e9quence, ces derniers autoris\u00e8rent les n\u00e9griers espagnols de s\u2019emparer des Noirs d\u2019Afrique, de les r\u00e9duire en esclavage, de les transporter \u00e0 Hispaniola et de les soumettre aux travaux forc\u00e9s pour remplir le vide laiss\u00e9 par les Am\u00e9rindiens.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Rappelons qu\u2019en 1492, Christophe Colomb entendait r\u00e9aliser un r\u00eave audacieux, celui de naviguer tout droit de l\u2019Est \u00e0 l\u2019Ouest sur l\u2019Oc\u00e9an Atlantique pour ainsi, arriver sans d\u00e9tour du continent europ\u00e9en jusqu\u2019aux Indes orientales. Il entendait cr\u00e9er ainsi un raccourci pour simplifier un tel voyage qui jusqu\u2019alors \u00e9tait tr\u00e8s long. Du m\u00eame coup, il voulait amplifier les relations commerciales entre l\u2019Europe et ces r\u00e9gions de l\u2019Asie qui \u00e9taient tr\u00e8s riches en \u00e9pices.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Apr\u00e8s avoir obtenu l\u2019aide de certaines personnalit\u00e9s espagnoles le navigateur d\u2019origine g\u00e9noise prit la mer le 3 ao\u00fbt 1492. Et, selon Steven Marlowe, apr\u00e8s environ 70 jours de navigation, il \u00e9tait rendu, avec ses hommes : \u00abL\u00e0 o\u00f9 jamais navire n\u2019\u00e9tait all\u00e9 depuis le commencement des temps\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">A leur grande surprise, ils y ont d\u00e9couvert des terres et un nouveau type d\u2019\u00eatres humains qu\u2019on n\u2019avait jamais vus jusque-l\u00e0.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Sans scrupule, Colomb prit vite possession de tout. Tandis qu\u2019\u00e0 son arriv\u00e9e, les lieux s\u2019appelaient \u00abHa\u00efti, Quisqueya ou Bohio\u00bb, le g\u00e9nois rempla\u00e7a aussit\u00f4t ces noms par \u00abHispaniola\u00bb (Petite Espagne). Aux gens rencontr\u00e9s sur les lieux, il donna le nom, d\u2019Indiens parce qu\u2019il croyait atteindre les Indes. Pourtant, c\u2019\u00e9tait erreur car cet endroit, \u00e0 cette \u00e9poque, compl\u00e8tement ignor\u00e9 du reste du Monde, se trouvait en r\u00e9alit\u00e9, loin des Indes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Compte tenu de sa forme, cette nouvelle portion de terre allait \u00eatre, plus tard, reconnue, comme un cinqui\u00e8me continent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Europe, l\u2019Asie, l\u2019Afrique et l\u2019Oc\u00e9anie. Elle aura pris le nom d\u2019Am\u00e9rique. Ce nouveau monde abondait en or et les Europ\u00e9ens, cupides au maximum, n\u2019en demandaient pas mieux. Ils tenaient \u00e0 s\u2019enrichir au plus vite et sans effort. Pour cela, ils choisirent d\u2019opprimer les indiens et de les r\u00e9duire en servitude. Les uns d\u2019entre ceux-l\u00e0 furent astreints \u00e0 travailler dans les mines d\u2019or ; les autres accomplissaient un labeur plus que contraignant dans les plantations de canne \u00e0 sucre, de coton, de tabac et de caf\u00e9. Ainsi, ces autochtones ne r\u00e9sist\u00e8rent pas longtemps.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Car, en plus d\u2019\u00eatre de nature d\u00e9licate, ils devaient lutter contre une s\u00e9v\u00e8re \u00e9pid\u00e9mie de variole qui, en peu de temps, co\u00fbta la vie \u00e0 plus de deux cent mille personnes. Il s\u2019ensuivit alors une p\u00e9nurie de main d\u2019\u0153uvre. Dans les circonstances, la reine d\u2019Espagne, Isabelle la Catholique fut frapp\u00e9e de piti\u00e9 pour ce peuple (de race rouge). En 1496, elle ordonna \u00e0 Christophe Colomb de proc\u00e9der \u00e0 la suppression totale et enti\u00e8re de l\u2019esclavage de ces Am\u00e9rindiens. Cependant, cette d\u00e9cision ne concernait que ces derniers ; elle n\u2019incluait point les Noirs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">La cons\u00e9quence en est que les n\u00e8gres allaient devoir \u00e9coper. Car, en 1501, les dignitaires espagnols ont fini par donner raison au pr\u00eatre dominicain Bartolom\u00e9 de Las Casas qui r\u00e9clamait, sans ces se, que des N\u00e8gres africains soient import\u00e9s pour venir travailler dans les colonies \u00e0 la place des Am\u00e9rindiens. Du m\u00eame coup, Colomb qui avait une tendance tant soit peu mitig\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger les Indiens, tombait en disgr\u00e2ce aupr\u00e8s de la Cour d\u2019Espagne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Nicolas Ovando, son successeur, en profita pour implanter le syst\u00e8me d\u2019esclavage des Noirs \u00e0 Saint-Domingue. Pour cela, il s\u2019agissait d\u2019arracher des jeunes gens de leur terre d\u2019Afrique et de les entasser dans des conditions in humaines pour les transporter, de force, dans les colonies. Le premier contingent de ces noirs qui se faisaient sauvagement kidnapp\u00e9s dans leurs villages natals et mis en situation d\u2019esclavages arriva dans le Nouveau-Monde en 1503.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Une fois pris, ces jeunes se faisaient jet\u00e9s dans des bateaux et dans tr\u00e8s mauvaises conditions ont travers\u00e9 l\u2019Atlantique dans toute sa largeur de l\u2019Est \u00e0 l\u2019Ouest pour aboutir \u00e0 des terres lointaines et inconnues. Ce nouveau type d\u2019esclavage auquel ils \u00e9taient soumis et instaur\u00e9 dans les circonstances est connu sous plusieurs appellations comme \u00abTraite des Noirs\u00bb ou \u00abTraite transatlantique\u00bb, ou \u00abTraite intercontinentale\u00bb\u2026 C\u2019\u00e9tait un syst\u00e8me bien plus horrible que celui qu\u2019on connaissait d\u00e9j\u00e0 et qui existait m\u00eame depuis la p\u00e9riode d\u2019avant J\u00e9sus-Christ. Cette traite transatlantique trouvera son ampleur quand plus tard, en 1518, l\u2019empereur Charles-Quint d\u00e9clara l\u00e9ga les la \u00abTraite n\u00e9gri\u00e8re\u00bb ou \u00abTraite des Noirs\u00bb ainsi que la pratique de l\u2019esclavage.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>L\u2019esclavage<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Il nous arrive souvent de lire ou de prononcer les termes \u00abesclave\u00bb, \u00abesclavages\u00bb. Le commun \u00a0des mortels croit comprendre ce que c\u2019est que l\u2019esclavage. Toute fois, \u00e0 bien y penser, ne sont-ils pas rares ceux qui peuvent affirmer qu\u2019ils sont vraiment conscients de ce que repr\u00e9sente la situation d\u2019une personne en \u00e9tat d\u2019esclavage ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Dans un texte qu\u2019elle a publi\u00e9 sous le titre de \u00abLibert\u00e9 : Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre esclave\u00bb, Maryse Emel cite Aristote qui \u00e9crivait :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">\u00abL\u2019esclave est sous la domination du ma\u00eetre (dominus) qui l\u2019utilise comme un outil utile \u00e0 la satisfaction de ses besoins&#8230; R\u00e9duit au statut d\u2019objet, l\u2019esclave ne saurait \u00eatre un homme. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de lui-m\u00eame (et de ce tout qu\u2019est son corps) l\u2019esclave est ali\u00e9n\u00e9, \u00e9tranger exclu de sa propre humanit\u00e9\u00bb.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Pour sa part, le dictionnaire de politique La Toupie, d\u00e9finit \u00abl\u2019esclavage\u00bb comme \u00e9tant :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">\u00abL\u2019\u00e9tat d\u2019une personne qui se trouve sous la d\u00e9pendance absolue d\u2019un ma\u00eetre qui a la possibilit\u00e9 de l\u2019utiliser comme un bien mat\u00e9riel. Il est la privation de la libert\u00e9 de certains hommes par d\u2019autres hommes, dans le but de les soumettre \u00e0 un travail forc\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Juridiquement l\u2019esclave est consid\u00e9r\u00e9 comme la propri\u00e9t\u00e9 de son ma\u00eetre. A ce titre, il peut \u00eatre achet\u00e9, lou\u00e9 ou vendu comme un objet\u00bb.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>La \u00abTraite des Noirs\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Ce type de traite se d\u00e9roula entre le XVe et le XIXe si\u00e8cle. D\u00e8s le d\u00e9part, elle atteignit une proportion \u00e9norme et le d\u00e9placement des victimes se faisait plut\u00f4t du continent africain au continent am\u00e9ricain. Renault-Darget rapporte que durant les quatre si\u00e8cles qu\u2019elle exista, entre douze et quatorze millions de personnes dont le tiers \u00e9tait des femmes se sont vues, malgr\u00e9 elles, arrach\u00e9es \u00e0 l\u2019Afrique, leur terre natale et transport\u00e9es, sans espoir de retour, vers les colonies europ\u00e9ennes du Nouveau-Monde.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Cette \u00abTraite des Noirs\u00bb ou \u00abTraite transatlantique\u00bb comportait une caract\u00e9ristique particuli\u00e8re en ce sens que tous les esclaves hommes, femmes et enfants qui en faisaient partie, \u00e9taient essentiellement, de race noire. Ceci permit \u00e0 Morenas, d\u2019opiner :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">\u00abL\u2019\u00eatre noir \u00e9tait si souvent vu en \u00e9tat de servitude qu\u2019il devint l\u2019image de l\u2019esclavage\u00bb.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019\u00e9crivain L. Sala-Molins, pour sa part, rapporte :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00abUne fois achet\u00e9s, les captifs \u00e9taient \u00e9tamp\u00e9s soit sur l\u2019\u00e9paule, soit sur le sein, ou sur la fesse ou encore sur le flanc avec le sceau ou les initiales de leur nouveaux ma\u00eetres. Ils subissaient ce supplice autant de fois qu\u2019ils changeaient de propri\u00e9taires\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Et de son c\u00f4t\u00e9, C\u00e9sar Pulvar d\u00e9crit sommairement, la premi\u00e8re \u00e9tape qui consistait \u00e0 arracher les jeunes de leur terre africaine pour les transplanter dans les colonies. Il \u00e9crit :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00c0 la t\u00eate d\u2019une petite exp\u00e9dition, vingt hommes et une dizaine de n\u00e8gres porteurs ou guides, il remonte au chaland le cours inf\u00e9rieur de l\u2019Ogov\u00e9. Son but est d\u2019effectuer une razzia sur l\u2019un des villages pahouins qui longent la rive gauche du Congo, o\u00f9 on est s\u00fbr de trouver de superbes pi\u00e8ces d\u2019inde\u00bb.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Par cette expression : \u00abCes superbes pi\u00e8ces d\u2019Inde\u00bb, il faut entendre les vaillants jeunes Africains. Une fois captur\u00e9s, ils \u00e9taient conduits vers la rive pour \u00eatre vendus. Et Gaston Martin affirme :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">\u00abDe peur qu\u2019ils s\u2019\u00e9vadent, les gardiens les retenaient enferm\u00e9s, nuit et jour, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de LA MAISON DES ESCLAVES am\u00e9nag\u00e9e en de multiples locaux incroyablement \u00e9troits sur Ile de Gor\u00e9e, une petite \u00eele d\u00e9serte et isol\u00e9e au milieu de l\u2019Oc\u00e9an\u00bb.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019\u00eele de Gor\u00e9e se trouve dans la baie de Dakar et \u00e0 une vingtaine de minutes de la ville de ce m\u00eame nom qui est la capitaine du S\u00e9n\u00e9gal. \u00c9videmment, la MAISON DES ESCLAVES \u00e9tait une prison qui d\u00e9gageait constamment une mauvaise odeur, mais une odeur pas \u00e0 peu pr\u00e8s naus\u00e9abonde. Car, elle n\u2019\u00e9tait pas souvent nettoy\u00e9e et c\u2019\u00e9tait \u00e0 cette seule et unique place o\u00f9 l\u2019hygi\u00e8ne n\u2019\u00e9tait pas au rendez-vous, qu\u2019ils faisaient tous leurs besoins. Ils y dormaient ; ils y mangeaient, ils y faisaient \u00abpipi\u00bb, ils y faisaient \u00abcaca\u00bb\u2026 Cette r\u00e9v\u00e9lation trouve sa corroboration dans plusieurs documents in\u00e9dits.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Voil\u00e0 dans quelles conditions vivotaient ces pauvres Noirs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette grosse baraque o\u00f9 ils demeuraient jusqu\u2019au jour o\u00f9 ils devaient emprunter une minuscule porte sp\u00e9ciale, \u00e0 peine large pour laisser passer une personne. Cette porte d\u00e9bouchant directement sur l\u2019Oc\u00e9an, s\u2019appelait : \u00abla porte du voyage sans retour\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Dans le bateau<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Avant d\u2019entrer dans le bateau, ils recevaient de force, le sacrement du bapt\u00eame de la part d\u2019un pr\u00eatre catholique qui ne tenait aucunement compte de leur all\u00e9geance religieuse. De plus, de la fa\u00e7on la plus arbitraire qu\u2019on puisse imaginer, ils se voyaient d\u00e9v\u00eatus, malgr\u00e9 eux, du nom que, selon leur culture et leur conviction religieuse, leurs parents leur avaient donn\u00e9 \u00e0 leur naissance. Ainsi, dor\u00e9navant, ils devaient plut\u00f4t r\u00e9pondre \u00e0 un pr\u00e9nom \u00e0 consonance chr\u00e9tienne suivi g\u00e9n\u00e9ralement du nom de famille de leurs ma\u00eetres respectifs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Lorsque c\u2019\u00e9tait le temps pour eux de monter sur le n\u00e9grier, ils \u00e9taient attach\u00e9s deux \u00e0 deux, par des chaines, aux chevilles. Les r\u00e9calcitrants \u00e9taient, en plus, entrav\u00e9s aux poignets. Une fois \u00e0 bord, ils \u00e9taient install\u00e9s dans la partie qui s\u2019appelait \u00abl\u2019Entre pont\u00bb et \u00e9taient entass\u00e9s, dit-on, \u00aben cuill\u00e8re\u00bb par soucis de la part des armateurs ou n\u00e9griers, d\u2019\u00e9conomiser de la place. De plus, Ils \u00e9taient d\u00e9pouill\u00e9s de leurs v\u00eatements en pr\u00e9vision de maladies.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Chaque matin, ils montaient sur le pont du bateau. Apr\u00e8s v\u00e9rification des fers, ils recevaient de la part de l\u2019\u00e9quipage un bain d\u2019eau de mer. Deux fois par mois, on leur rasait la t\u00eate. Leur nourriture consistait en un bouilli de l\u00e9gumes, de riz, de ma\u00efs, d\u2019ignames, de bananes et de manioc. \u00c0 la fin de la journ\u00e9e, aux alentours de 17 heures, ils retournaient dans l\u2019Entrepont pour la nuit. Autant dire que les conditions de cette \u00abtraite n\u00e9gri\u00e8re\u00bb \u00e9taient plus qu\u2019abominables.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est pourquoi, malgr\u00e9 toutes les mesures adopt\u00e9es en vue de pr\u00e9venir les maladies, on ne pouvait que d\u00e9plorer un taux vraiment trop \u00e9lev\u00e9 de mortalit\u00e9 durant les travers\u00e9es. Seulement au XVIIIe si\u00e8cle, la moyenne de d\u00e9c\u00e8s \u00e9tait de 15%. Cela signifie qu\u2019entre le XVIe et le XIXe si\u00e8cle, sur les 12.500.000 malheureux qui ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s de force de leurs patelins africains, presque 2.000.000 ne parvenaient pas \u00e0 atteindre vivants les c\u00f4tes de la colonie. \u00c0 leurs d\u00e9c\u00e8s, les cadavres \u00e9taient tout simple ment lanc\u00e9s par-dessus bord.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>La travers\u00e9e de l\u2019oc\u00e9an<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">La travers\u00e9e de l\u2019Oc\u00e9an s\u2019appelait \u00abMiddle Passage\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00abPassage du Milieu\u00bb car durant le voyage, les esclaves ne se tenaient, essentiellement, ni dans la cale, ni sur le pont du n\u00e9grier mais, surtout durant la nuit, dans l\u2019Entrepont.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Morenas d\u00e9crit ainsi ce qu\u2019on pourrait qualifier de syst\u00e8me d\u2019arrimage :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">\u00abLes enfants \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s de leur m\u00e8re, ainsi que les hommes, des femmes. Ils \u00e9taient encha\u00een\u00e9s deux par deux et align\u00e9s, couch\u00e9s nus \u00e0 m\u00eame le sol, sur un espace de 5 pieds 1 pouce de long et d\u2019un pied 2 pouces de large sur des hauteurs plus ou moins \u00e9lev\u00e9es\u00bb. Ils ne pouvaient m\u00eame pas se tenir assis. C\u2019est moins d\u2019espace qu\u2019un homme mort n\u2019en occupe dans un cercueil\u00bb.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">La cale du N\u00e9grier \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e pour l\u2019entreposage de l\u2019eau potable et de la nourriture pr\u00e9vues pour le temps du voyage qui du rait entre deux et trois mois. L\u2019effectif de l\u2019\u00e9quipage s\u2019\u00e9levait en moyenne au nombre de 45 membres et 600 esclaves. Il fallait environ 140 000 litres d\u2019eau et 26 000 kilos de vivres alimentaires pour les besoins de la cause. Mal gr\u00e9 tout, la nourriture qui, souvent \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre fra\u00eeche, ne suffisait pas toujours pour assouvir la faim des captifs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>L\u2019arriv\u00e9e<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Une fois rendus en rade du Nouveau-Monde, les bateaux n\u00e9griers observaient la quarantaine. Toute circulation entre la terre ferme et le navire \u00e9tait interdite. Durant ce temps, les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes prenaient les mesures pour \u00e9viter toute \u00e9pid\u00e9mie. Le chirurgien de l\u2019\u00e9quipage s\u2019en tenait au ph\u00e9nom\u00e8ne dit de \u00abblanchissement\u00bb qui consistait \u00e0 dissimuler les \u00e9ventuels probl\u00e8mes de ces N\u00e8gres tandis que les propri\u00e9taires n\u00e9griers les \u00ablavaient, les coiffaient et les habillaient\u00bb, comme il fallait, en vue du d\u00e9barquement prochain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Ces derni\u00e8res informations se confirment amplement quand on consid\u00e8re le rapport suivant tir\u00e9 du Journal de la Traite des Noirs. Textuellement, ce rapport indique ce qui suit :<\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #000000;\">\u00abD\u00e9but mars 1733, nous quitt\u00e2mes la Guin\u00e9e apr\u00e8s avoir obtenu en tout quatre cent quarante-trois esclaves ; mais au mo ment du d\u00e9part, quatre-vingt-dix d\u2019entre eux \u00e9taient morts. Le 7 mai, nous arriv\u00e2mes \u00e0 Saint Thomas (aux Antilles). Remercions le Seigneur pour sa mis\u00e9ricorde ! Il ne restait plus que deux cent quarante-deux esclaves \u00e0 bord : on en avait vendu deux sur la c\u00f4te de Guin\u00e9e et les cent quatre-vingt-dix-neuf autres avaient succomb\u00e9. \u00c0 partir du 7 mars, on perdit un esclave par jour. Ces pertes furent compens\u00e9es. Dieu soit lou\u00e9, par les ventes avantageuses. Le b\u00e9n\u00e9fice rapport\u00e9 par les vivants d\u00e9passait largement le co\u00fbt des dommages subis\u00bb.<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Tel fut le triste d\u00e9cor dans lequel pataugeaient les n\u00e8gres. Quelles infractions avaient-ils commises pour subir tant de mauvais traitements ? De quoi avaient-ils \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s ? Avaient-ils comparu devant leurs juges nature ? La r\u00e9ponse \u00e0 tout cela revient uniquement \u00e0 dire : \u00abIls n\u2019avaient rien fait de mal. Leur seul crime, c\u2019\u00e9tait le fait d\u2019\u00eatre de la race des N\u00e8gres\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Inutile de r\u00e9p\u00e9ter que les traitements qui \u00e9taient inflig\u00e9s \u00e0 ces innocents sans voix s\u2019av\u00e9raient plus qu\u2019injustes, plus qu\u2019humiliants, plus qu\u2019inhumains. La violence de ce syst\u00e8me esclavagiste atteignait une telle ampleur qu\u2019elle suscita de s\u00e9rieuses contestations dans plusieurs milieux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Les r\u00e9sistances individuelles chez les esclaves<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Certains historiens r\u00e9v\u00e8lent que les esclaves ont rarement essay\u00e9 de se r\u00e9volter car, en g\u00e9n\u00e9ral, ils ne savaient pas naviguer. De plus, en guise de mise en garde \u00e0 l\u2019endroit de quiconque en aurait l\u2019intention, la moindre insubordination de la part d\u2019un captif suscitait la sauvagerie extr\u00eame des ma\u00eetres n\u00e9griers qui y allaient de f\u00e9roces tortures. Toujours est-il que plus d\u2019un document t\u00e9moigne qu\u2019ils \u00e9taient nombreux, les esclaves qui ne parvenaient pas \u00e0 endurer de fa\u00e7on sto\u00efque et passive l\u2019humiliation, l\u2019arrachement total de leur coin de terre, la s\u00e9paration brutale et compl\u00e8te de leur famille et la grande arrogance dont ils \u00e9taient victimes de la part de leurs ma\u00eetres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Ils r\u00e9agissaient donc, soit en se suicidant, soit en essayant vainement de s\u2019enfuir pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre vendus, soit encore en proc\u00e9dant \u00e0 l\u2019amputation de leur tendon d\u2019Achille ou de leurs doigts de la main droite en vue de manifester leur refus cat\u00e9gorique de travailler. Malheureusement, de tels types de contestations n\u2019aboutissaient bien souvent qu\u2019\u00e0 des r\u00e9sultats infructueux et malheureux. Car, contre de tels rebelles, les ma\u00eetres r\u00e9agissaient, \u00e0 leur tour, en leur coupant compl\u00e8tement le pied ou selon le cas, la main. Quant \u00e0 ceux qui s\u2019\u00e9vadaient, lorsqu\u2019ils se faisaient rattraper, ils \u00e9taient vou\u00e9s sans r\u00e9mission au supplice de la flagellation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Depuis l\u2019antiquit\u00e9, le syst\u00e8me de l\u2019exploitation de l\u2019homme noir par l\u2019homme blanc a toujours exist\u00e9. Depuis tout le temps, l\u2019homme blanc a toujours essay\u00e9 d\u2019exercer sa sup\u00e9riorit\u00e9, sa supr\u00e9matie sur l\u2019homme noir. Quelle tristesse ! Elle est plus que bizarre, cette mentalit\u00e9 selon laquelle quelqu\u2019un puisse s\u2019autoriser \u00e0 brimer la libert\u00e9 d\u2019un autre, seulement parce qu\u2019il pr\u00e9tend que celui-ci lui est inf\u00e9rieur \u00e0 cause de sa race qui est diff\u00e9rente. On a beau entendre, on a beau lire, on a beau croire qu\u2019une telle conception a souvent suscit\u00e9 la d\u00e9sapprobation et m\u00eame la col\u00e8re de plusieurs personnalit\u00e9s reconnues comme de farouches d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des races. Rien n\u2019y fait !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Plus cela doit changer, plus cela demeure pareil. C\u2019est d\u00e9concertant que, en d\u00e9pit de tous les efforts sans cesse d\u00e9ploy\u00e9s, rien ne laisse poindre \u00e0 l\u2019horizon qu\u2019un jour viendra que les hommes, quelle que soit leur race, pourront vivre dans une atmosph\u00e8re d\u2019harmonie et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 fond\u00e9es sur la franche camaraderie, l\u2019amiti\u00e9 sinc\u00e8re et l\u2019amour du prochain. Pourquoi tant de discrimination, tant de \u00abracisme\u00bb ? Pourquoi cette lutte perp\u00e9tuelle ? Quand et comment pourrons-nous en finir ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">* Frantz C\u00e9lestin, auteur du livre \u00ab<em>Ha\u00efti : le colon, le N\u00e8gre et l\u2019empereur<\/em>\u00bb.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Cet article est publi\u00e9 par l\u2019hebdomadaire Ha\u00efti-Observateur, <strong>New York VOL. L, No. 31<\/strong> 12 ao\u00fbt 2020, et se trouve en <strong>P.12, 13<\/strong> \u00e0\u00a0: <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/H-O-12-aout-2020.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.org\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/H-O-12-aout-2020.pdf<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Naissance de la populations noire en Am\u00e9rique BLACK LIVES MATTER par Frantz C\u00e9lestin Avant 1503, il n\u2019existait pas d\u2019individus de race noire en Am\u00e9rique. Il n\u2019y a rien d\u2019anormal qu\u2019aujourd\u2019hui, les anciennes colonies europ\u00e9ennes se composent d\u2019 une mosa\u00efque des quatre races humaines qui sont, selon certains auteurs : la race des Noirs, celle des Blancs, celle des Rouges (Am\u00e9rindiens) et celle des Jaunes (Asiatiques). Cependant, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de se choquer, de crier : \u00ab\u00f4 racisme! \u00bb et de condamner l\u2019injustice qui s\u2019inscrit \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9barquement, en&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3670,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1383,18,41],"tags":[93,3930,3933,2535,3932,3931,604],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4130"}],"collection":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4130"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4130\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4132,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4130\/revisions\/4132"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3670"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4130"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/haiti-observateur.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}